Chronique Album: The Chair In The Doorway – Living Colour
Comment chroniquer l’album d’un groupe dont je suis un fan absolu? Et pourtant j’ai absolument envie de parler de The Chair in the Doorway, le dernier album de Living Colour disponible depuis plusieurs semaines. Je suis fan de Living Colour depuis le début des années 90 et ma première rencontre avec le premier album Vivid (qui date de 1988). Durant leurs 20 années de carrière discographique (et une séparation dans ce laps de temps), ils ont produit une musique unique faite de grooves funky, de riffs puissants et lourd, de solos avant-gardistes et de nombreuses chansons socialement engagées servies par un chant puissant et subtil.
20 années d’exploration d’une musique multi-facette, et chaque album de Living Colour n’a rien à voir avec le précédent. Du moins chaque album sonne comme Living Colour mais Living Colour ne sonne jamais pareil. Je ne sais pas si je me fais comprendre, alors pour être totalement clair, je pense que Living Colour est un de ces groupes qui n’ont de cesse de s’améliorer… Avec le temps ils se sont bonifiés. J’étais donc très impatient d’écouter The Chair in the Doorway, et si j’ai mis tant de temps à publier cette chronique c’est que je voulais être sûr de penser ce que je vais y écrire (si je ne suis pas clair, ce n’est pas de ma faute mais celle du groupe!)
The Chair in the Doorway
J’ai toujours vu un groupe très homogène en Living Colour, mais je considère ce nouvel album comme leur enregistrement le plus cohérent à ce jour. La diversité stylistique du groupe est mieux maîtrisée que dans Vivid et Time’s Up, et les côtés sombres omniprésents dans Stain (album que je n’ai aimé qu’après plusieurs années, question d’époque) et Collideøscope ne le sont plus que par touches subtiles.
La première évidence en glissant cet album dans la platine, c’est que le mixage est bien plus clair et moins étouffé que celui du précédent album Collideøscope (même si j’adore cet album). Les chansons sont de plus en plus subtiles dans le sens où les influences multiples du groupe se confrontent, s’entrechoquent pour produire quelques compositions d’une teneur que je n’avais jamais entendu dans leur discographie. Living Colour a l’une des toutes meilleures section rythmique en activité même s’il est complètement restrictif de les limiter à ce seul aspect. Doug Wimbish (basse) et Will Calhoun (batterie) passent allègrement de grooves telluriques tels que DecaDance à l’upbeat furieusement dansant d’un Young Man toujours avec maîtrise. De véritables autoroutes offertes à Vernon Reid (aka le meilleur guitariste au monde, et puis c’est tout!!) pour dérouler son approche unique d’impressionniste de la guitare. Method et Behind The Sun sont des exemples parfait de sa science des ambiances et textures créées par les overdubs de guitare et l’utilisation d’effets. Bien évidemment, les riffs puissants et nerveux restent une composante majeure du style de Reid comme tu l’entendras dans The Chair, DecaDance ou Out Of Mind. Vernon Reid reste un shredder/improvisateur sans limites. Toutefois, il me semble qu’il ne ressent plus le besoin d’absolument mettre de solos à très haut débit partout où il peut. Et ce n’est que pour mieux laisser s’exprimer les autres facettes de son art.
Les 12 excellents instrumentaux permettent à Corey Glover de laisser courir sa voix puissante et accrocheuse. J’ai toujours été impressionné par ses performances vocales et son côté rocker avec une voix de soulman… A moins que ce ne soit l’inverse? Et au fond peu importe!! Sa voix est puissante et il m’a fallut plusieurs écoutes pour enfin m’apercevoir que sa texture a légèrement évolué. Je peux me tromper mais il me semble que sa voix a pris en épaisseur et en profondeur ce qui n’est pas pour me déplaire.
L’album de la maturité?
Je sais, je sais… Je donne dans le cliché absolu en disant que The Chair In The Doorway est l’album de la maturité, et ce d’autant plus que Living Colour donne cet impression de maturité depuis son premier album Vivid. Et pourtant j’insiste!! Je pense que cet album est le disque le plus cohérent qu’ils ont enregistré à ce jour. Avec cet album Living Colour synthétise et va au-delà d’un genre qu’ils ont largement contribué à créer sans jamais réellement en récolter les fruits. Mieux… Privilège d’une longue expérience (j’imagine) et d’une confiance totale ils réussissent à intégrer de nouveaux éléments et de nouvelles influences dans leur musique. Du moins, je ne sais pas si ce sont de nouvelles influences ou si elles n’était pas moins évidentes dans les albums précédents.
Peu importe, il faut absolument tendre une oreille vers Bless Those (Little Annie’s Prayer) qui est le titre le plus bluesy de la discographie de Living Colour. En réalité, je dirai même qu’il s’agit d’un véritable blues combinant une approche roots et moderne propulsant ce titre sur un Delta loin du Mississippi. Peut-être une réminiscence de l’expérience de Vernon Reid qui a produit 3 albums blues de James Blood Ulmer? Sur ce titre, Vernon Reid au slide est fidèle à lui même… Explorateur et sauvage! Des éléments de pop se sont aussi invités dans cet album à travers des titres comme That’s What You Taught Me, Not Tomorrow, Asshole (piste cachée) ou Behind The Sun. En parlant de ce titre, je pense qu’ils ont fait un bon choix en l’utilisant comme single de l’album (si tant est que la terminologie ait encore un sens àl’ére de la musique numérique)… Et si Living Colour n’envahit pas le champ mainstream avec cette chanson, je crois que je vais définitivement cesser de croire que le public peut avoir bon goût!
The Chair In The Doorway est donc pour moi indispensable. Certes il ne détrônera pas les albums précédents mais il s’intégre parfaitement dans une discographie que je considère sans faille. Une évolution logique et agréable de ces déjà vétérans du rock qui ont beaucoup de choses à dire et à apprendre… Et j’espère qu’ils ne manqueront pas de le faire!
En attendant le concert de Décembre… Un peu de musique…
Bless Those en live (chanté par Doug Wimbish)
Behind The Sun en session radio
Toutes les news de Living Colour sur http://www.livingcolourmusic.com/






« essential albums before the split (Vivid, Pride and Stain). »
I think you mean Vivid, Time’s Up, and Stain.
See them live if you can! I saw them in Boston a few months ago and they were fantastic.
Dammit I really need to focus when I write!! Thanks for the correction Dan… Of course it is Time’s Up and not Pride which also is a song from the album! I think I lost one grade on my Living Colour’s Fan Degree!!
I already saw ‘em live a couple of times… And of course I will be there Sunday December 13 in Paris!! I’m pretty sure they will kick some ass there too…
Bien d’accord avec cette chronique…
Et en attente impatiente de leur venue à Lyon
Tiens, toi aussi il t’a fallu du temps pour Stain ?
Moi c’est simple, j’avais adoré ce groupe avec les deux premiers disques (j’ai découvert à la sortie de Time’s up) parce qu’ils représentaient un peu mon groupe rêvé théorique. Soit le groupe qui pourrait tout mélanger.
Avec le temps j’ai compris qu’il ne servait à rien de chercher un groupe unique qui synthétiserait tout, n’empêche qu’à l’époque ils m’ont fait leur petit effet les bougres.
Au point que Stain, on y revient m’a déçu car je ne comprenais pourquoi ils s’obstinaient à jouer au plus bourrin (jeu perdu d’avance) alors qu’ils avaient tant de styles et de nuances à parcourir.
Mais bon, avec le temps, cet album s’est révélé, et si on le prend comme un exercice de style, il est même très bon.
Concernant les musiciens, je place Glover parmi les meilleurs du genre, la section rythmique assure méchamment quant à Reid, si j’apprécie son sens du riff et surtout son trvail sur les effets et les ambiances, son jeu solo me laisse un rien plus dubitatif.
Un excellent goupe pas à dire ca envoie du bois grave ! J’ai vu Vernon Reid il y a quelques années avec James Blood Ulmer sur la grande scène de Cognac Blues Passions et c’etait vraiment chouette
@Lemg: Et oui… Et même plusieurs années!! A l’époque le côté rentre dedans m’avait un peu fait le même effet… Puis j’ai réécouté l’album quelques années plus tard. Et j’ai juste fait wooow!!
Le jeu solo de Reid c’est un grand débat… Une fois que j’ai capté que le mec est tout le temps en impro à la manière de l’école jazz d’où il vient, et qu’il aime jouer vite et fort à la manière metal, et bien je dirai que tout m’a paru plus clair. Son côté un shredder un peu brouillon c’est justement ce qui le démarque du shred pur et dur, et le fait tomber du côté de ce cross-over free-jazz / metal un peu plus humain. Il prend le risque de se casser la gueule, ce qui lui arrive parfois en concert!
@Jipes: Reid et Ulmer ça doit être la classe ultime… J’imagine qu’ils ont essentiellement (exclusivement?) joué des morceaux des 3 albums d’Ulmer produit par Reid? Parce que s’il y a un titre que j’aimerai entendre joué par ces deux là, ce serait: Jazz is the teacher, Funk is the preacher!! Tiens je vais d’ailleurs aller chercher ça sur youtube s’il n’y aurait pas une trace de ça…
[...] l’ai déjà confessé dans la chronique du dernier album de Living Colour… Il m’a fallut plusieurs années avant d’apprécier l’album Stain à sa [...]